mardi, 25 septembre 2007
Porteurs de sel
On a salé ainsi et Philippe le long et Philippe De Valois, qui les premiers mirent un impôt sur une marchandise de première nécessité, dont le commerce avant eux était permis à tout le monde. La nature nous donnait cette denrée ; les rois nous l' ont vendue. Le minot de sel coûte à Paris 60 liv 7 sols."(...)
Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris . Chapitre 33
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mardi, 28 août 2007
Chiffonnier
Je l' ai prononcé ce mot ignoble ! Me le pardonnera-t-on ? Le voyez-vous cet homme qui, à l' aide de son croc, ramasse ce qu' il trouve dans la fange, et le jette dans sa hotte ? Ne détournez pas la tête ; point d' orgueil, point de fausse délicatesse. Ce vil chiffon est la matiere première, qui deviendra l' ornement de nos bibliotheques, et le trésor précieux de l' esprit humain. Ce chiffonnier précède Montesquieu, Buffon et Rousseau.
Sans son croc, mon ouvrage n' existeroit pas pour vous, lecteur. Ce ne serait pas un grand mal. D' accord ; mais vous n' auriez aucun livre : vous lui devez cette matiere qui va former le papier, dont l' origine paraît si vile. Tous ces chiffons mis en pâte, voilà ce qui servira à conserver les flammes de l' éloquence, les pensées sublimes, les traits généreux des vertus, les actions les plus mémorables du patriotisme.
Toutes ces idées volatiles vont se fixer aussi rapidement qu' elles ont été conçues. Toutes ces images, tracées dans l' entendement, s' attacheront, s' imprimeront, se colleront ; et malgré la nature, qui fait mourir l' homme de génie, ces productions appartiendront désormais à l' univers, et ne périront qu' avec lui. Honneur au chiffonnier !
Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris .
Le texte sur le site Gallica
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mercredi, 18 avril 2007
Faux cheveux
Se méfier de l'idôlatrie portée à sa coëffure et de l'usage immodéré des perruques naturelles.
Louis-sébastien Mercier,1740-1814)
Tableaux de Paris ( chapitre 329, faux cheveux)
vous voyez la tête de cette belle femme, si remarquable par l' édifice de sa coëffure et ses longs cheveux flottans ; vous en admirez la couleur, la forme, le contour et l' élégance... eh bien ! Ils ne lui appartiennent pas. Ils sont empruntés à des têtes de morts ; et ce qui la décore à vos yeux, est la dépouille de sujets qui furent peut-être infectés de maladies affreuses, et dont les noms seuls offenseroient sa délicatesse, si on osoit les prononcer en sa présence.
Cependant elle s' enorgueillit de ces cheveux étrangers. Elle s' expose à hériter des principes nuisibles qu' ils peuvent receler encore. En effet, on se servoit de colliers et de bracelets de cheveux tressés : l' expérience a décidé qu' il falloit y renoncer, à cause des dartes qu' ils produisoient.
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