samedi, 07 juillet 2012
Les lisses et les parfumées
129 – la commande
« Vieille, écoute-moi. Je donne un festin dans trois jours. Il me faut un divertissement. Tu me loueras toutes tes filles. Combien en as-tu et que savent-elles faire ?
– J'en ai sept. Trois dansent la kordax avec l'écharpe et le phallos. Néphélê aux aisselles lisses mimera l'amour de la colombe entre ses seins couleur de roses.
Une chanteuse en péplos brodé chantera des chansons de Rhodes, accompagnée par deux aulétrides qui auront des guirlandes de myrte enroulées à leurs jambes brunes.
– C'est bien. Qu'elles soient épilées de frais, lavées et parfumées des pieds à la tête, prêtes à d'autres jeux si on les leur demande. Va donner les ordres. Adieu. »
Les chansons de Bilitis
Pierre Louÿs
Les Chansons de Bilitis, publiées en 1894, sont une des plus célèbres mystifications littéraires. Pierre Louys prétendit être le traducteur de la poétesse Bilitis, amie de Sapho :
"Dans une société où les maris sont la nuit si occupés par le vin et les danseuses, les femmes devaient fatalement se rapprocher et trouver entre elles la consolation de leur solitude. De là vint qu'elles s'attendrirent à ces amours délicates, auxquelles l'antiquité donnait déjà leur nom, et qui entretiennent, quoi qu'en pensent les hommes, plus de passion vraie que de vicieuse recherche." ( Préface de P. Louÿs)
Il fit précédé l'ouvrage - évocation érotisée et très « fin de siècle » d'une antiquité grecque imprégnée de paganisme -, d'une vie de la poétesse fictive : ainsi que de notes qui donnaient plus de véracité à sa supercherie.
> Sur le site Feedbooks : http://fr.feedbooks.com/book/5585/les-chansons-de-bilitis
> Gutenberg project : http://www.gutenberg.org/ebooks/4708
16:34 Publié dans / Louÿs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre louÿs, les chansons de bilitis, pierre félix louis, la commande, pastiche, lesbianisme, homosexualité
mardi, 03 juillet 2012
Avis aux jeunes ménages
Henri Michaux
Dès qu'on oublie ce que sont les hommes, on se laisse aller à leur vouloir du bien. C'est pourquoi, sans doute, on conseille de se recueillir de temps à autre, de faire retraite.
Qui n'a pas de femmes ne songe qu'à les caresser. Qui femme a, la caresse, mais ne songe qu'à la battre. Eh bien, qu'il la batte... pourvu qu'elle ne s'en aperçoive pas.
Cependant mieux vaut encore la tuer. Après, ça ira mieux. Vous vous sentirez plus d'aplomb comme si vous veniez de fumer une bonne pipe, une vraie bonne pipe. Elle aussi d'ailleurs et elle vous appréciera davantage, vous trouvant moins préoccupé, plus vivant, plus aimable, car vous le serez, c'est immanquable. Mais il faudra peut-être la retuer de temps en temps. La paix dans le ménage est à ce prix.
Vous le savez maintenant. Vous ne pouvez plus reculer...
D'ailleurs, elle-même vous tue peut-être depuis le premier jour que vous avez passé ensemble. Pour une femme un peu délicate, un peu nerveuse, c'est presque un besoin.
Henri Michaux
Liberté d’action ( La vie dans les plis )
16:56 Publié dans / Michaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : henri michaux, liberté d’action, la vie dans les plis, homme, femme

