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vendredi, 19 janvier 2007

Accueil et mode d'emploi

Un blog qui recense des extraits de lectures. 

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16:20 Publié dans - Accueil | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : accueil

mardi, 16 janvier 2007

Le parapluie de coton bleu.

Le parapluie de coton bleu  Jules Renard


Ils n’ont que le temps de quitter la route, pour courir par le pré, vers les arbres épais. Mais les arbres sont encore trop loin. Pauline et Pierre ne peuvent plus aller. Ils se laissent tomber, défaillants d’amour, au milieu du pré, dans l’herbe rousse et les fleurs grillées, sous le parapluie de Pauline qu’elle ouvre tout grand.
S‘il ne vient personne sur la route, le parapluie de coton reste immobile.
Mais voici quelqu’un.
Pauline aussitôt met en mouvement le parapluie dont elle roule le manche du bout des doigts, tandis que Pierre ne s’occupe de rien.
Le parapluie tourne sur les pointes de ses baleines, et docile, le manche toujours en ligne, menaçant, selon l’allure du voyageur curieux, il se hâte ou se ralentit.
Il cache les amants, les protège, les enveloppe de son ombre ajourée, car les blanches aiguilles du soleil, çà et là, font des trous.
Puis il s’arrête.
Le voyageur, un moment excité, courbé de nouveau sous l’accablante chaleur pour continuer sa route, n’a vu que quatre pieds mêlés qui dépassaient un peu.

in "Le vigneron dans sa vigne". 1901.

En mode image sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102079j

lundi, 15 janvier 2007

Chapeau

Gustave Flaubert.

Dictionnaire des idées reçues
Chapeau:
Protester contre la forme des chapeaux.

Le chapeau de Plouharnel

Nous étions levés, nous allions partir, nous le vîmes passer, mais nous ne l'aperçumes que par derrière. Qu'était-ce par devant ? qui donc ? le chapeau. Quel chapeau ! un vaste et immense chapeau qui dépassait les épaules de son porteur et qui était en osier, quel osier ! du bronze plutôt, planisphère dur et compact fait pour résister à la grêle, que la pluie ne traversait point, que le temps ne devait que durcir et fortifier. L'homme qu'il recouvrait disparaissait dessous, et avait l'air d'y être entré jusqu'au milieu du corps, et il le portait cependant (je l'ai vu tourner la tête). Quelle constitution ! quel tempérament il avait donc ! quels muscles cervicaux ! quelle force dans les vertèbres ! Mais aussi quel ampleur ! quel cercle ce chapeau ! Il projette une ombre tout à l'entour de lui, et son maître ne doit jamais jouir du soleil. Ah ! quel chapeau ! C'est un couvercle de chaudière à vapeur surmonté d'une colonne, ça ferait un four en y pratiquant des meurtrières ! Il y a des choses inébranlables : le Simplon et l'impudence des critiques, des choses solides : l'art de l'Etoile et le français de Labruyère, des choses lourdes : le plomb, le bouilli et M. Nisard, des choses grandes : le nez de mon frère, l'Hamlet de Shakespeare et la tabatière de Bouilhet, mais je n'ai rien vu d'aussi solide, d'aussi inébranlable, d'aussi grand et d'aussi lourd que ce chapeau de Plouharnel !
Et il avait une couverture en toile cirée !

Par les champs et par les grèves. Voyage en Bretagne (1847)

Sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102053k