jeudi, 05 mars 2009

Immoralité

Et puis après ? Qu’est-ce que l’immoralité ? Je voudrais bien qu’on me la définisse une bonne fois, car on ne s’entend guère là-dessus, et, pour beaucoup de braves gens que je pourrais nommer, l’immoralité, c’est tout ce qui est beau. Pour le crapaud , l’immoralité, c’est l’oiseau qui vole dans l’air et chante dans les branches ; pour le cloporte, ignoblement condamné aux murs visqueux des caves, ce sont les abeilles qui se roulent dans le pollen des fleurs. « « Un livre n’est point moral ou immoral, il est bien ou mal écrit : c’est tout. » Je m’en tiens à cette définition qu’Oscar Wilde inscrivit dans la préface de son livre, et j’ajoute : « L’immoralité, c’est tout ce qui offense l’intelligence et la beauté. »

Octave Mirbeau, Le Journal, 7 juillet 1895
Sur un livre, à propos du Portrait de Dorian Gray
d'Oscar Wilde

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mercredi, 04 mars 2009

Le voleur de melon

Dix minutes plus tard, les bavardages battaient leur plein, et le juge, sourd aux reproches de sa conscience, attaquait une seconde tranche de melon, lorsque la voix de Pastouré éclata, terrible, sous un bouquet de pins, dans les bruyères voisines. Parlo-Soulet semblait furieux :

« O bourreau ! hurlait-il à tue-tête, canaille ! voleur ! forçat ! brigand ! tu te crois preutrêtre de t’échapper ! mais je te tiens, puisque je te vois ! et tu ne m’échapperas pas ! C’est toi qui as volé les melons ! c’est toi peut-être qui les as mangés ! Si tu les as volés pour les manger, passe encore ! mais, bandit ! assassin ! si tu les as vendus, je me plaindrai chez le juge ! Les juges ne plaisantent pas ! tu irais en galère, gueusard ! enfant de gueuse ! »

Ainsi les injures se précipitaient…
« Cet homme va faire un malheur ! Allez donc voir, maître Maurin, s’écria le juge… Allons-y, messieurs.
– Ne vous troublez pas, fit Maurin tranquillement, vu qu’il n’y a pas de quoi… Je sais ce que c’est… »

La voix de Pastouré n’avait pas cessé de tonitruer :
« Réactionnaire ! mendiant ! royaliste ! marrias ! conservateur ! féna ! clérical ! voleur ! canaille ! J’aurai ta peau ! attends un peu ! attends-moi seulement ! »

Le juge se leva, vraiment ému.
« Je ne souffrirai pas, dit-il, qu’à deux pas de moi… À qui en a-t-il enfin ?
– Laissez donc, dit Maurin, négligemment – laissez-le faire : je sais ce que c’est : il insulte un lapin ! »

Un coup de fusil ponctua et termina la longue invective de Pastouré, qui arriva presque aussitôt et jeta un lapin aux pieds de Mme Labarterie.

Jean Aicard
L’Illustre Maurin Chapitre XLIII
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Tempérance


— Vous l’avez vu, vous, après la chose.., n’est-ce pas, monsieur Durand ? car moi, j’étais allé à Saint-Pol.
— Sûr que je l’ai vu. Figure-toi, mon garçon, qu’on vient me dire : Monsieur Durand, ça sent le brûlé chez M. Kernok, mais un drôle de brûlé ! Il était, ma foi, huit heures du matin, et personne n’osait entrer dans sa chambre ; ils sont si bêtes ! J’y entre, moi, mon garçon, et… Ah ! mon Dieu ! tiens, donne-moi à boire, car ça me fait mal toutes les fois que j’y pense. » Il se remit un peu par un large trait d’eau-de-vie, et continua : « J’y entre, et figure-toi que je manque d’être suffoqué en voyant le corps de mon pauvre vieux Kernok tout couvert d’une large flamme bleue qui courait de la tête aux pieds, tout juste comme la flamme du punch. Je m’approchai, je jetai de l’eau ; bah ! il brûlait plus fort, car il était à moitié cuit. » Grain-de-Sel pâlit.
« Ça t’étonne, mon garçon : eh bien, moi, je m’y attendais, je l’avais prédit.
— Prédit !…
— Oui. Il buvait trop d’eau-de-vie, et je lui disais toujours : Mon vieux camarade, tu finiras par une concustion invantanée », dit maître Durand avec importance, en appuyant sur chaque mot et en gonflant ses joues.
Il voulait dire une combustion instantanée, solution exacte et vraie de la mort de Kernok, donnée par un médecin de Quimper, fort habile homme, qu’on avait mandé un peu tard.
« Et ça ne vous fait pas trembler, monsieur Durand ? » dit Grain-de-Sel, qui voyait avec peine l’ex-canonnier-chirurgien-charpentier prendre la même direction que son défunt capitaine.
« Moi, c’est bien différent, mon garçon, je coupe mon eau-de-vie avec du vin, et il la buvait pure, le vieux lascar.
— Ah !… répondit Grain-de-Sel, peu convaincu de la tempérance de M. Durand.

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Kernok le pirate - 1830 - Le texte sur  Wikisource
Eugène Sue

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