mercredi, 04 mars 2009

Tempérance


— Vous l’avez vu, vous, après la chose.., n’est-ce pas, monsieur Durand ? car moi, j’étais allé à Saint-Pol.
— Sûr que je l’ai vu. Figure-toi, mon garçon, qu’on vient me dire : Monsieur Durand, ça sent le brûlé chez M. Kernok, mais un drôle de brûlé ! Il était, ma foi, huit heures du matin, et personne n’osait entrer dans sa chambre ; ils sont si bêtes ! J’y entre, moi, mon garçon, et… Ah ! mon Dieu ! tiens, donne-moi à boire, car ça me fait mal toutes les fois que j’y pense. » Il se remit un peu par un large trait d’eau-de-vie, et continua : « J’y entre, et figure-toi que je manque d’être suffoqué en voyant le corps de mon pauvre vieux Kernok tout couvert d’une large flamme bleue qui courait de la tête aux pieds, tout juste comme la flamme du punch. Je m’approchai, je jetai de l’eau ; bah ! il brûlait plus fort, car il était à moitié cuit. » Grain-de-Sel pâlit.
« Ça t’étonne, mon garçon : eh bien, moi, je m’y attendais, je l’avais prédit.
— Prédit !…
— Oui. Il buvait trop d’eau-de-vie, et je lui disais toujours : Mon vieux camarade, tu finiras par une concustion invantanée », dit maître Durand avec importance, en appuyant sur chaque mot et en gonflant ses joues.
Il voulait dire une combustion instantanée, solution exacte et vraie de la mort de Kernok, donnée par un médecin de Quimper, fort habile homme, qu’on avait mandé un peu tard.
« Et ça ne vous fait pas trembler, monsieur Durand ? » dit Grain-de-Sel, qui voyait avec peine l’ex-canonnier-chirurgien-charpentier prendre la même direction que son défunt capitaine.
« Moi, c’est bien différent, mon garçon, je coupe mon eau-de-vie avec du vin, et il la buvait pure, le vieux lascar.
— Ah !… répondit Grain-de-Sel, peu convaincu de la tempérance de M. Durand.

....

Kernok le pirate - 1830 - Le texte sur  Wikisource
Eugène Sue

mardi, 25 septembre 2007

Porteurs de sel

Quand je vois les hanouards ou porteurs de sel , je me rappelle qu' ils avaient le privilège de porter sur leurs épaules les corps des rois jusqu' à la prochaine croix de Saint-Denis, parce qu' à eux appartenait l' art de les couper  par pièces, de les faire bouillir dans de l' eau, et de les saler ensuite ; ce qui remplaçait d' une manière très-grossière l' art d' embaumer, qui était perdu, et qu' on n' a  retrouvé depuis que d' une manière fort imparfaite.

On a salé ainsi et Philippe le long et Philippe De Valois, qui les premiers mirent un impôt sur une marchandise de première nécessité, dont le commerce avant eux était permis à tout le monde. La nature nous donnait cette denrée ; les rois nous l' ont vendue. Le minot de sel coûte à Paris 60 liv 7 sols."(...)


Louis-Sébastien Mercier,  Tableau de Paris . Chapitre 33

vendredi, 29 juin 2007

Serinette

De serin, l'oiseau. Oiseau chanteur qui est aussi à rapprocher de seriner...

Très en vogue au XVIIe et XVIIIe siècle, c'est une petite boite à musique  qui servait à apprendre à chanter aux serins  des mélodies  connues  comme par exemple  " Malbrough s'en va-t-en guerre..."
On mentionne également, dans le même esprit, les merlinettes pour les merles, les perroquettes pour les perroquets... 
La serinette  se présentait comme un petit orgue portatif qui, sur le principe de l'orgue de Barbarie, reproduisait  le son aigrelet du "flageolet d'oiseau" à son origine.


Sur le site de Bernard Pin, des airs d'une serinette restaurée par ses soins : http://www.bernard-pin.com/serinette_2.htm

Un tableau de Chardin : « la Serinette ou la Dame variant ses amusements » (tableau exposé au Salon du Louvre en 1737.) sur le site du ministère de la Culture :


"A l'époque où il se vend ainsi, Chardin a pourtant toute sa vogue à Paris et en Europe. Le prince de Lichtenstein met quatre de ses tableaux dans sa galerie de Vienne. Sa peinture enchante et passionne le comte de Tessin, un amateur digne de l'apprécier, qui fait successivement entrer dans sa galerie de Drotningholm LE NÉGLIGÉ OU LA TOILETTE DU MATIN, LES AMUSEMENTS DE LA VIE PRIVÉE, L'ÉCONOME, et communique au prince de Suède son goût de Chardin. C'est le temps où l'impératrice de Russie lui commande des tableaux pour sa galerie de l'Ermitage. La concurrence de si grands et si riches amateurs avec les curieux français aurait dû faire monter les prix du peintre, lui donner au moins l'aisance. Il n'en fut rien. La mode d'être payé cher manqua à Chardin. D'ailleurs, il faut le dire, il ne fit rien pour la faire venir. Dénué de toute âpreté au gain, il était si peu avide et si simple dans ses affaires, qu'une fois arrivé et connu, il se contenta des pauvres prix de ses débuts, et s'y arrêta, sans penser à tirer parti de son nom plus grand, de sa notoriété, du bruit de ses toiles dans le public. Mariette parle bien d'un prix de 18 000 livres pour son tableau de LA GOUVERNANTE ; mais les «Mémoires de l'Académie», plus fidèlement renseignés, à ce que l'on peut croire, affirment que le tableau qui lui fut payé le plus cher au moment de sa plus grande réputation ne lui fut payé que 1 500 livres : c'était «la Serinette ou la Dame variant ses amusements», acquise par M. de Ménars ."

Les frères Goncourt