vendredi, 16 février 2007

Languier

" Un ouvrier célèbre dans le pays pour ses lézards naturalisés, que les dames de la haute société portent en broche, entreprit de me faire un languier en espalier, d'une matière et d'une couleur semblable au corail, qu'il fixa sur un plancher d'ivoire.
Aux quelques ramures qui portaient des esses, il fixa mes bouts de langues puis, à la réflexion, me proposa de réaliser une logette garnie de barreaux très resserrés pour les protéger d'un espèce de souris locale qui raffolait des abattis qui ont des odeurs de sainteté, fussent-elle passées."

Voyages de Jehan de Gurville


Avant d'être montées en orfèvrerie sur des arbres, les langues de prophètes sont naturalisées. La technique la plus fréquente consiste à les recouvrir d'une fine couche de cuivre ou d'argent par simple électrolyse. Elles sont censées s'oxyder vivement en présence d'haleines venimeuses.

A propos des languiers voir "Le crime de poison au Moyen Age" de Franck Collard ( édition PUF)

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vendredi, 13 octobre 2006

Les automates de Locus Solus

Locus Solus, c’est la propriété du professeur Martial Canterel. Ce savant génial a su ressusciter huit personnages qui revivent derrière des vitres des scènes de leur existence passée.

Sur le site de L'université de Paris 8
http://hypermedia.univ-paris8.fr/bibliotheque/LOCUS_SOLUS...

« Voyant quels réflexes merveilleux il obtenait avec les nerf faciaux de Danton, immobilisés dans la mort depuis plus d'un siècle, Canterel avait conçu l'espoir de donner une complète illusion de la vie en agissant sur de récents cadavres, garantis par un froid vif contre la moindre altération.
Mais la nécessité d'une basse température empêchait d'utiliser l'intense pouvoir électrisant de l'aqua-micans, qui, se congelant rapidement, eût emprisonné chaque trépassé, dès lors impuissant à se mouvoir.
S'essayant longuement sur des cadavres soumis à temps au froid voulu, le maître, après maints tâtonnements, finit par composer d'une part du vitalium, d'autre part de la résurrectine, matière rougeâtre à base d'érythrite, qui, injectée liquide dans le crâne de tel sujet défunt, par une ouverture percée latéralement, se solidifiait d'elle-même autour du cerveau étreint de tous côtés. Il suffisait alors de mettre un point de l'enveloppe intérieure ainsi créée en contact avec du vitalium, métal brun facile à introduire sous la forme d'une tige courte dans l'orifice d'injection, pour que les deux nouveaux corps, inactifs l'un sans l'autre, dégageassent à l'instant une électricité puissante, qui, pénétrant le cerveau, triomphait de la rigidité cadavérique et douait le sujet d'une impressionnante vie factice. Par suite d'un curieux éveil de mémoire, ce dernier reproduisait aussitôt, avec une stricte exactitude, les moindres mouvements accomplis par lui durant telles minutes marquantes de son existence ; puis, sans temps de repos, il répétait indéfiniment la même invariable série de faits et gestes choisie une fois pour toutes. Et l'illusion de la vie était absolue : mobilité du regard, jeu continuel des poumons, parole, agissements divers, marche, rien n'y manquait.

Quand la découverte fut connue, Canterel reçut maintes lettres émanant de familles alarmées, tendrement désireuses de voir quel qu'un des leurs, condamné sans espoir, revivre sous leurs yeux après l'instant fatal. Le maître fit édifier dans son parc, en élargissant partiellement certaine allée rectiligne afin de se fournir un emplacement favorable, une sorte d'immense salle rectangulaire, simplement formée d'une charpente métallique supportant un plafond et des parois de verre. Il la garnit d'appareils électriques réfrigérants destinés à y créer un froid constant, qui, suffisant pour préserver les corps de toute putréfaction, ne risquait cependant pas de durcir leurs tissus. Chaudement couverts, Canterel et ses aides pouvaient sans peine passer là de longs moments.
Transporté dans cette vaste glacière, chaque sujet défunt agréé par le maître subissait une injection crânienne de résurrectine. L'introduction de la substance avait lieu par un trou mince, qui, pratiqué au-dessus de l'oreille droite, recevait bientôt un étroit bouchon de vitalium.

Résurrectine et vitalium une fois en contact, le sujet agissait, tandis qu'auprès de lui un témoin de sa vie, emmitouflé à souhait, s'employait à reconnaître, aux gestes ou aux paroles, la scène reproduite — qui pouvait se composer d'un faisceau de plusieurs épisodes distincts.
Durant cette phase investigatrice, Canterel et ses aides entouraient de près le cadavre animé, dont ils épiaient tous les mouvements afin de lui porter parfois un secours nécessaire. En effet la réédition exacte de tel effort musculaire fait pendant la vie pour soulever quelque lourd objet — alors absent — entraînait une rupture d'équilibre qui, faute d'intervention immédiate, eût provoqué une chute. En outre, au cas où les jambes, n'ayant qu'un sol plat devant elles, se fussent mises à monter ou à descendre un escalier imaginaire, il eût fallu empêcher le corps de tomber soit en avant, soit en arrière. Une main prompte devait se tenir prête à remplacer tel mur inexistant où fût venue s'appuyer l'épaule du sujet, disposé par moments à s'asseoir dans le vide si des bras ne l'eussent reçu.

Après identification de la scène, Canterel, se documentant soigneusement, effectuait en un point de la salle de verre une reconstitution fidèle du cadre voulu, en se servant le plus souvent possible des objets originaux eux-mêmes. Dans les cas où il y avait des paroles à entendre, le maître faisait pratiquer, à un endroit favorable du vitrage, un très petit oeil-de-boeuf, simple ment fermé à la colle par un disque en papier de soie.

Livré à lui-même et habillé conformément à l'esprit de son rôle, le cadavre, trouvant en place meubles, points d'appui, résistances diverses, affaires à soulever, s'exécutait sans chutes ni gestes faussés. On le ramenait à son point de départ après l'achèvement de son cycle d'opérations, qu'il recommençait indéfiniment sans nulle variante. Il retrouvait l'immobilité de la mort dès qu'on lui retirait, en la saisissant par un minuscule anneau mauvais conducteur, la tige de vitalium, qui, introduite à nouveau dans son crâne, sous l'abri dissimulateur des cheveux, lui faisait toujours reprendre son rôle au point initial.

Quand les scènes l'exigeaient, le maître payait des figurants pour y tenir tels emplois. Le corps enveloppé de forts tricots sous le costume réclame par leur personnage et le chef garanti par une épaisse perruque, ils étaient à même de séjourner dans la glacière.

Tour à tour les huit morts suivants, amenés à Locus Solus, subirent le traitement nouveau et revécurent des scènes qui résumaient divers enchaînements de faits.
Enveloppé de fourrures, un aide de Canterel mettait ou enlevait aux huit morts leur autoritaire bouchon de vitalium — et faisait au besoin se succéder les scènes sans interruption en ayant régulièrement soin d'animer tel sujet un peu avant de réengourdir tel autre.

L'Homme au Sable : la longue-vue et l'automate

L'Homme au Sable, conte d' Hoffmann extrait des Nachtsücke, et paru en 1815, illustre la fascination extrême que peut exercer sur nous le monde familier et inquiétant des automates.

L'étudiant Nathanaël, le héros de ce conte, a été marqué dans son enfance par l'avocat Coppelius, un ami de son père qu'il rend responsable de sa mort et qu'il identifie à l'Homme au Sable ,ce personnage de conte fantastique qui endort les enfants qui ne veulent pas se coucher en leur jetant du sable dans les yeux qu'il dévore...
Devenu adulte, Nathanaël voit cette angoisse resurgir à la venue d’un opticien ambulant du nom de Coppola, qu’il prend pour Coppelius.
Il lui achète une longue-vue de poche qui lui permet d'épier Olympia, la fille de son professeur de physique Spalanzani qui habite de l'autre côté de la rue. Envouté par cette femme mystérieuse et superbement belle, il en tombe éperdument amoureux...

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Freud, cite ce conte d'Hoffman dans son essai de 1919, "Das Unheimliche, L'inquiétante étrangeté." Un article "Le silence dans la peinture contemporaine " par François-Marc Gagnon Professeur d'histoire de l'art Université de Montréal
http://www.erudit.org/revue/theologi/1999/v7/n2/005006ar....